Le 15 juin 2026, le ministère de l'Économie français a dévoilé la nouvelle promotion du Next40, l'indice qui recense les 40 startups technologiques françaises avec la trajectoire la plus prometteuse. Cette édition intègre 15 nouveaux entrants, parmi lesquels trois attirent particulièrement l'attention : AMI Labs (world models, architecture JEPA, plus d'un milliard d'euros levés en seed en mars 2026), H Company (agents IA autonomes, fondée par d'anciens chercheurs de DeepMind) et Quobly (processeur quantique semiconducteur, issu du CEA).
Ce n'est pas une information anodine. Le Next40 est construit pour identifier les futures grandes capitalisations françaises — il a repéré Mistral AI, Ledger, Doctolib et Contentsquare avant leur décollage. Que trois acteurs profondément technologiques, tous liés à l'intelligence artificielle ou au calcul de nouvelle génération, y entrent la même année dit quelque chose sur l'orientation stratégique de la French Tech en 2026. Ce que ça implique concrètement pour les DSI et les PME/ETI françaises, c'est l'objet de cet article.
AMI Labs : Yann LeCun parie sur les world models contre les LLMs
Réponse directe : AMI Labs est une startup IA parisienne co-fondée par Yann LeCun (prix Turing 2018, ex-Meta AI) et Alexandre Lebrun (fondateur de Wit.ai, racheté par Facebook en 2015), qui a levé 1,03 milliard de dollars en seed round en mars 2026 pour développer une architecture d'IA fondamentalement distincte des LLMs actuels.
La différence technique est centrale à la proposition d'AMI Labs. L'entreprise n'est pas un énième acteur qui entraîne un transformer plus grand : elle est bâtie sur la JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture), une architecture que Yann LeCun défend depuis 2022. Là où un LLM prédit le prochain token dans une séquence de texte, un modèle JEPA apprend dans un espace de représentations abstraites — l'espace latent — comment le monde fonctionne, sans avoir à reconstruire chaque détail de surface.
L'hypothèse d'AMI Labs est structurellement différente de celle d'OpenAI, Anthropic ou Mistral : les LLMs ont fondamentalement tort sur ce qu'est l'intelligence. Ils excellent en langage parce que le langage est le médium dans lequel ils ont été entraînés, mais ils n'ont pas de modèle du monde physique — d'où les hallucinations, les raisonnements causaux défaillants, l'incapacité à planifier des séquences longues d'actions sur des environnements réels. Un world model JEPA, en apprenant des représentations du monde à partir de la vidéo, de l'action et de la prédiction de conséquences, viserait à combler ce déficit structurel.
L'équipe reflète l'ambition : Yann LeCun (executive chairman), Alexandre Lebrun (CEO), Saining Xie (Chief Science Officer, ex-Meta FAIR, co-auteur de ConvNeXt), Pascale Fung (Chief Research and Innovation Officer), Michael Rabbat (responsable World Models research). La société a précisé qu'elle a besoin d'au minimum un an de recherche avant de livrer une première application pratique — ce qui situe un premier produit vers fin 2026 ou début 2027 au plus tôt.
Pour les DSI français : AMI Labs n'est pas encore un fournisseur d'API. C'est un pari de recherche sur le prochain paradigme, financé au niveau d'un acteur majeur. C'est l'acteur à surveiller si les LLMs s'avèrent atteindre leurs limites structurelles dans les 2-3 prochaines années — un scénario que nous avons analysé dans notre article sur l'architecture des agents IA pérennes à 2-5 ans.
H Company : construire les agents IA les plus autonomes d'Europe
Réponse directe : H Company (ou simplement « H ») est une startup parisienne fondée par d'anciens chercheurs de DeepMind, positionnée sur les agents IA capables d'exécuter des tâches longues et complexes dans des environnements dynamiques — navigation web, interaction avec des interfaces applicatives, appels API enchaînés — sans supervision humaine constante.
H a gardé un profil plus discret qu'AMI Labs depuis sa fondation, mais son entrée dans le Next40 2026 confirme une trajectoire que l'industrie commence à reconnaître. L'entreprise cible spécifiquement les workflows enterprise qui nécessitent qu'un agent navigue dans plusieurs systèmes sur de longues séquences d'actions : extraire des données de plusieurs sources, remplir des formulaires complexes, déclencher des processus métier enchaînés. Ce que l'industrie appelle généralement « computer use » ou « agentic automation ».
Ce positionnement n'est pas sans rappeler les agents de navigation que nous avons couverts dans notre analyse des agents IA computer use. La revendication de H : une robustesse supérieure sur les tâches longues en environnement réel, et une API enterprise conçue pour l'intégration dans des workflows métier existants, pas uniquement pour des démos contrôlées.
Pour les PME/ETI françaises : H représente une option souveraine européenne pour les cas d'usage d'automatisation par agents — avec l'avantage potentiel d'une relation contractuelle sous juridiction française et d'un traitement des données conforme au RGPD natif. Un acteur à intégrer dans l'évaluation comparative quand vous examinez des solutions d'automatisation métier basées sur des agents.
Quobly et Pasqal : la French Tech mise aussi sur le quantique
Réponse directe : la promotion Next40 2026 intègre deux acteurs du calcul quantique — Quobly (processeur quantique semiconducteur, issu du CEA et du CNRS) et Pasqal (ordinateur quantique à atomes neutres) — un signal que le gouvernement français considère le calcul quantique comme un pilier stratégique au même titre que l'IA générative.
Les deux entreprises ont des approches technologiques distinctes :
- Quobly est fondée par des ingénieurs issus du CEA et du CNRS. Elle développe des qubits basés sur du silicium semiconducteur — la même matière que les puces conventionnelles. L'avantage potentiel de cette approche : une fabrication à plus grande échelle que les approches supraconductrices (comme celles d'IBM ou Google), qui nécessitent des refroidisseurs cryogéniques imposants. Quobly a levé plusieurs dizaines de millions d'euros et est soutenue par le plan France 2030.
- Pasqal, déjà présente dans les promotions précédentes du Next40, utilise des atomes neutres piégés par laser pour créer ses qubits. Elle compte parmi ses clients des acteurs de la finance, de la pharmaceutique et de la logistique, et a annoncé des accès cloud à ses processeurs quantiques via des hyperscalers partenaires.
Le lien avec l'IA est moins immédiat mais documenté : à l'horizon 5-10 ans, le calcul quantique est pressenti pour accélérer certaines familles d'algorithmes d'optimisation, de simulation moléculaire (pharmaceutique, matériaux) et, dans une moindre mesure, de machine learning. Pour l'instant, l'impact opérationnel pour une PME française reste très limité — mais comprendre l'écosystème maintenant évite d'être pris de court quand les premiers cas d'usage cloud quantique deviennent commercialement accessibles.
Qu'est-ce que le Next40 et pourquoi cette promotion 2026 est différente ?
Réponse directe : le Next40 est l'indice officiel du gouvernement français qui identifie les 40 startups technologiques françaises avec le meilleur potentiel pour devenir des licornes ou des acteurs de référence mondial. Il est mis à jour chaque année avec de nouveaux entrants sélectionnés sur des critères de croissance, d'ambition internationale et d'impact économique et social.
La promotion 2026 intègre 15 nouvelles entreprises. En IA, les entrants déjà présents incluent Mistral AI et Alice & Bob (quantum). Les trois nouveaux entrants cités — AMI Labs, H Company, Quobly — rejoignent donc un palmarès qui commence à dessiner un écosystème technologique profond : non plus uniquement des applications ou des marketplaces, mais des couches d'infrastructure technologique.
Ce qui distingue la promotion 2026 des années précédentes : contrairement à des éditions antérieures dominées par des scale-ups B2B SaaS (fintech, legaltech, HR tech), 2026 marque un pivot vers la couche fondationnelle — les briques sur lesquelles se construiront les applications de la prochaine décennie. AMI Labs construit le modèle d'IA, Quobly le processeur quantique, H Company la couche d'exécution des agents. C'est un embryon de stack technologique souveraine que la France cherche à constituer.
Le contexte politique renforce cette lecture : les 93 milliards d'euros d'investissements annoncés à Choose France en juin 2026 — que nous avons décryptés dans notre article sur les investissements IA France 2026 — créent la demande que ces startups ont vocation à servir sur le long terme.
Ce que cette promotion signifie pour les DSI et les PME françaises
Trois implications pratiques, à trois horizons différents :
- À court terme (0-12 mois) : rien ne change dans votre stack. AMI Labs n'a pas encore de produit commercialisé et ne cible pas les PME. H Company commence à être accessible via API pour des partenaires sélectionnés, mais n'est pas encore une offre grand public. Quobly et Pasqal ne proposent pas encore de services cloud quantique accessibles sans expertise spécialisée. Ces acteurs sont à surveiller, pas encore à déployer.
- À moyen terme (12-36 mois) : la concurrence sur les agents et les alternatives souveraines va s'intensifier. Si H Company livre une API d'agents enterprise robuste, elle devient une option sérieuse face à Copilot et Agentforce pour les entreprises qui veulent garder leur traitement de données sous juridiction française. Mistral Vibe est déjà là — nous l'avons analysé dans notre article sur Mistral Vibe et l'alternative souveraine. H pourrait être la deuxième brique.
- Sur le fond de l'architecture IA (3-5 ans) : le paradigme LLM n'est pas nécessairement la fin de l'histoire. AMI Labs avec JEPA ne construit pas un meilleur ChatGPT — elle parie sur une rupture architecturale. Pour les DSI qui planifient leurs investissements IA à 5 ans, tenir compte de cette hypothèse est une précaution raisonnable. Si le paradigme world models s'impose, certaines dépendances applicatives construites sur des LLMs actuels devront être réévaluées.
Notre recommandation pratique : ne restructurez pas votre roadmap IA pour AMI Labs ou H Company aujourd'hui. En revanche, inscrivez-vous aux publications de recherche d'AMI Labs, réservez du temps de veille sur l'offre enterprise de H Company dans les 12 prochains mois, et intégrez une hypothèse de changement de paradigme dans votre planification à 5 ans. Si vous voulez cadrer ces réflexions stratégiques avec un accompagnement concret sur l'outillage interne ou l'automatisation métier, notre équipe est disponible pour un diagnostic.
FAQ — Next40 2026 : AMI Labs, H et Quobly rejoignent la French Tech — trois paris à surveiller pour les DSI
AMI Labs est-il accessible pour des tests ou des projets pilotes dès maintenant ?
Non, pas en accès public. AMI Labs a précisé au lancement qu'il lui faut au moins un an de recherche fondamentale avant de livrer une première application pratique. La société est encore en phase de développement de son architecture JEPA et ne propose pas d'API ou de produit accessible aux entreprises à date du 15 juin 2026. Restez abonnés à leurs publications de recherche pour identifier le bon moment d'évaluation.
Quelle est la différence entre AMI Labs et Mistral AI ?
Mistral AI est un acteur de LLMs : ses modèles (Mistral, Mixtral, Le Chat/Vibe) sont basés sur l'architecture transformer, le même paradigme qu'OpenAI et Anthropic, mais avec une approche souveraine et des modèles open-weight. AMI Labs parie sur une architecture radicalement différente — la JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture) — qui vise à apprendre des représentations du monde physique plutôt que des séquences de texte. Ce sont deux paris complémentaires : Mistral est disponible maintenant, AMI Labs vise le paradigme suivant.
Le calcul quantique de Quobly peut-il vraiment accélérer l'IA dans les 3 prochaines années ?
Probablement pas à grande échelle dans ce délai. L'intersection entre calcul quantique et IA générative est encore un sujet de recherche plutôt qu'un déploiement opérationnel. Les premiers cas d'usage quantiques commercialement matures concernent l'optimisation combinatoire (logistique, finance) et la simulation moléculaire (pharmaceutique, matériaux), pas l'inférence LLM. Quobly et Pasqal sont des acteurs à suivre sur un horizon 5-10 ans, pas des solutions à évaluer pour votre roadmap IA 2026.
Le label Next40 garantit-il que ces startups vont réussir ?
Non, le Next40 est un signal de potentiel, pas une garantie de succès. Le palmarès a identifié de futurs champions comme Mistral, Ledger ou Doctolib en amont, mais il a aussi inclus des acteurs qui n'ont pas atteint leurs objectifs. Ce qui rend la promotion 2026 notable, c'est la concentration inhabituelle d'acteurs d'infrastructure technologique profonde (world models, agents IA, quantique) dans un même millésime — un indicateur de la maturité croissante de l'écosystème français, pas une prédiction certaine.
Comment suivre l'évolution de H Company et AMI Labs sans y consacrer trop de temps ?
Pour AMI Labs : suivez les publications sur arXiv (préfixe 'JEPA' et 'world models'), le compte de Yann LeCun sur les réseaux sociaux, et les annonces de l'entreprise. Pour H Company : abonnez-vous à leur newsletter enterprise et guettez les annonces de disponibilité API. Dans les deux cas, une veille mensuelle de 30 minutes est suffisante pour ne pas rater les jalons importants — fondation de produit, ouverture d'accès anticipé, publication de benchmarks.